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Jacques Villeneuve rejoint son frère auSnowmobile Hall of Fame

Publié le 7 avril 2020 - François Cominardi

Après une carrière de 47 ans en compétitions motoneige, Jacques Villeneuve a été intronisé au panthéon mondial de la motoneige, le Snowmobile Hall of Fame, situé à Saint-Germain, dans le Wisconsin. On se rappellera qu’il avait également été accueilli au sein du Canadian Motosport Hall of Fame en 2001.

Jacques (Joseph) Villeneuve est né le 4 novembre 1953 à Berthierville, et il vit maintenant à Saint-Cuthbert, à quelques kilomètres de la ville où est situé le Musée de Gilles Villeneuve, son frère ainé de trois ans, qu’on ne présente plus. Jacques est connu sous les surnoms de « Mon’onc », ou Jacquot (Jocko chez les anglophones). Eh oui, c’est l’oncle de Jacques Villeneuve, le fils de Gilles, qui fut champion du Monde en course automobile Formule 1 en 1997.

Ce n’était pas facile de se faire un nom entre deux champions internationaux de cette pointure. Pourtant, le palmarès de Mon’onc est bien fourni. En motoneige, il a remporté trois fois le championnat du monde sur ovale aux États Unis, en 1980, 1982 et 1986. Il a gagné 3 fois le Grand Prix de Valcourt en 1986, 2005 et 2006. Il a été champion du Canadian Power Tobboggan, célèbre course de motoneige ovale sur glace basé à Beausejour, au Manitoba, en 1974, 1987 et 2006. En 1987, il fut nommé pilote de l’année du magazine Snow Week. Il a été couronné deux fois champion du circuit Eastern Pro-Tour, en 2005 et 2006. En course automobile, il a gagné une série Honda Civic de 1976 à 1978. En Formule Atlantic, il a été nommé recrue de l’année en 1979, puis vainqueur en 1980 et 1981. En 1983, il a été champion de la série automobile Can-Am.

Il faut reconnaitre que la popularité de son frère l’a aidé quelque fois dans sa carrière, entre autres pour obtenir l’aide de Canadian Tire dans la série Atlantic, par exemple. L’histoire de Gilles Villeneuve et de Canadian Tire mérite d’être racontée, il y a prescription maintenant. Au début de sa carrière de pilote, Gilles avait « emprunté » quelques outils au magasin Canadian Tire local, car il n’avait pas de budget pour les payer. Foncièrement honnête, notre champion québécois avait culpabilisé sur cet emprunt. Devenu célèbre, il avait passé un accord de partenariat très favorable pour Canadian Tire, afin de racheter ses fautes. L’histoire a été révélée par Gerry Donaldson dans sa biographie du pilote. Le partenariat a servi aussi à Jacques qui a bien rempli son rôle en apportant au géant distributeur les titres en Atlantic.

Il a même roulé en Formule 1 en 1981, mais malheureusement, il n’a jamais pu se qualifier. Pour le Grand Prix F1 de Montréal, l’équipe Arrows avait besoin d’un remplaçant pour le pilote Siegfred Sthor. Le frère de Gilles était tout indiqué, surtout qu’il courait également sur le circuit montréalais dans la série Atlantic. Malheureusement la marche entre les deux niveaux de compétition était trop haute et Jacquot échouait à quatre places de la qualification, en 28ème position. Un peu plus tard dans la saison, il récidivait sur le circuit de Las Vegas, mais il ne parvenait pas plus à se qualifier, contrairement à son coéquipier Ricardo Patrese. C’était la fin de ses espoirs de Formule 1, et son frère décédait l’année d’après, en mai 1982, pendant des essais sur le circuit de Zolder.

Ce n’était pas la fin de la compétition, toutefois, surtout en motoneige. Revenons à ses débuts en 1969 à l’âge de 16 ans où il remportait sa première course chez lui, à Berthierville. Il rejoignait son frère ainé dans l’équipe d’usine Alouette en 1974, et roulait dans la série Sno Pro, la plus grosse classe ovale de l’époque. Il collaborait également avec Skiroule, Kawasaki, sans oublier Ski-Doo avec qui il signait en 1979, pour ne plus quitter la marque jusqu’à sa retraite. Pratiquement quarante ans de fidélité !

Jacquot a marqué son époque et a su faire évoluer ses motoneiges. Il s’est adapté aux évolutions et il a aidé au développement des engins de courses. Dans les années 70, les ressorts à lames étaient la norme. Puis les chenilles à 2 voies sont apparues, grâce à son frère Gilles qui a dessiné et fabriqué le premier modèle.  Ensuite on a vu apparaitre les châssis de Champ 440 encore en service aujourd’hui.

Les courses apportent aussi des sorties de route, et Jacques Villeneuve sr n’a pas été épargné. En janvier 2008, il a été gravement blessé aux Wisconsin, pendant une course du championnat du Monde de motoneige. Il a subi plusieurs fractures de la jambe et du bassin, sans compter une blessure à la colonne vertébrale. Bien qu’il soit resté discret sur sa convalescence, le pilote de St-Cuthbert avait mis environ 9 mois à récupérer de l’accident. En 2010, il était projeté dans les airs suite à un accrochage à Valcourt. Il était emmené en hélicoptère à l’hôpital. Contre l’avis des médecins, il sortait prématurément de son lit pour continuer le championnat américain. En 2013, on craignait pour sa vie après un accrochage en courbe au Grand Prix de Valcourt. Il était percuté violemment et sortait du circuit sur une civière, avec plusieurs fractures à la jambe et aux côtes, ainsi qu’une perforation du poumon.

Ces trois accidents spectaculaires étaient plus couverts médiatiquement que ses résultats sportifs, Mon’onc devenait plus connu pour ses sorties de route que pour ses victoires, chose qui est injuste au regard de son palmarès étoffé. Ses adversaires sur la piste peuvent témoigner qu’il a toujours été compétitif et motivé tout au long de sa carrière. Il avait 53 ans lors de sa dernière victoire à Valcourt en 2006, et il se battait contre des jeunes de 20 ans !

En 2014, il apprenait qu’il était atteint d’un cancer de l’intestin. En 2015, il annonçait sa retraite, par amour pour sa femme Céline. Il venait à bout de son cancer et annonçait son retour en 2016 au Grand Prix de Valcourt. C’était la course de trop, cependant, Jacques n’était pas à l’aise, les conditions étaient difficiles, et il décidait de vendre la majorité de son matériel à Brad Warning, un ancien commanditaire de Gilles, situé au Wisconsin. En 2017, Mon’onc était de retour à Valcourt, comme mécanicien et mentor d’un jeune pilote, Steven Marquis. Mais l’aventure s’arrêtait là. Jacques Villeneuve le dit lui-même, il est un pilote avant tout.

Le Grand-Prix de Valcourt lui doit une fière chandelle car il a été un ambassadeur de la course pendant toutes ces années, même quand sa participation était due aux accidents qui alimentaient les rubriques faits-divers plus sûrement que ses podiums.

Jacques « Jacquot » Villeneuve est le sixième québécois à être intronisé au Panthéon mondial de la motoneige. Son frère Gilles a été intronisé avant lui. Il a été champion du monde en 1974 à 22 ans, et a fait évoluer les motoneiges de compétition avec les doubles chenilles. Yvon Duhamel a gagné de nombreuses courses dont le championnat du monde en 1970. Son mécanicien Claude Desrosiers fut également un pilote et développeur de produits pour Ski-Doo.

Bien sûr, Joseph-Armand Bombardier fait partie du Snowmobile Hall of Fame. Le dernier en date a été le regretté Marcel Fontaine fondateur des circuits SCM et Eastern Pro Tour.

Joint à son domicile, Jacques Villeneuve nous a appris qu’il n’était pas allé recevoir son prix pour la soirée d’introduction. Fidèle à lui-même, plus intéressé à l’action qu’aux honneurs, il a déclaré qu’il avait d’autres occupations à ce moment-là. Il profite de sa retraite pour se promener en compagnie de sa femme dans son VR motorisé, et il continue à bricoler dans son garage. Il a tenu à remercier tous les spectateurs qui l’ont suivi au cours de sa vie de compétition.

L’homme s’est assagi, mais pas le débit de la voix qui est encore ultra-rapide. Bonne retraite, Mon’onc Jacques !

 

 

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