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Gaspésie !Pays d'hiver

Publié le 10 novembre 2019 - Yves Ouellet

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Première destination touristique privilégiée des Québécois depuis toujours, la Gaspésie est également un univers hivernal extraordinaire et méconnu. En effet, la Gaspésie sait marier la montagne, puis la mer, au ciel d’une rare intensité de bleu ainsi qu’au blanc immaculé de la neige abondante qui court devant les vents.  Dans ma tête de voyageur qui a besoin de comprendre ce qui distingue chacune de nos régions, la Gaspésie se divise grosso modo en trois grands secteurs : ses deux côtes et son centre.

La longue bande riveraine du Saint-Laurent, de Mont-Joli à Percé, demeure la route touristique par excellence, tant en auto qu’à motoneige. Elle a fait sa réputation de la cohabitation immédiate des caps rocheux vertigineux entre lesquels alternent des vallées monumentales, et du fleuve qui gagne ici le titre de « mer ». C’est LA destination montagnarde du Québec.

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Le centre demeure en grande partie une planète de forêts et de sommets presque totalement dépeuplée si on exclut le corridor nord-sud de la Vallée de la Matapédia. Pour le reste, toute la place est laissée à la nature dans les parcs et réserves fauniques des secteurs Chic-Chocs et Forillon. Les sentiers locaux (nos. 10-11-12) qui convergent vers Murdochville, New Richmond et Carleton-sur-Mer comptent parmi les plus spectaculaires et les plus isolés qui soient.

Secteur Baie-des-Chaleurs

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Les corridors droits de la côte de la baie des Chaleurs

Nous avons parlé à maintes occasions de ces deux sous-régions. Cette fois, les honneurs vont au secteur Percé–Baie-des-Chaleurs que j’ai exploré durant trois jours en faisant l’aller-retour de Pointe-à-la-Croix jusqu’à Percé.  Le froid était cinglant. Le vent nous tassait du revers de la main. La neige nous a accueillis en blizzard au point de réduire l’horizon à un écran blanc. Puis le soleil nous a apporté son réconfort sans vouloir nous réchauffer pour autant.

Cela dit, la Gaspésie, ce n’est pas qu’un climat et qu’une météo, même si ces derniers accaparent grandement l’attention. C’est d’abord une population tellement généreuse et accueillante, comme nous l’ont démontré notre guide Rodrigue Bernier et son épouse Roseline Arsenault avec lesquels nous avons beaucoup rigolé. C’est aussi plein de rencontres chaleureuses. Plein de panoramas spectaculaires comme la vue du fameux Rocher Percé au milieu des glaces et les nombreuses fenêtres sur la baie des Chaleurs. Plein d’instants inoubliables et d’images fabuleuses.

Suivons le guide

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Rodrigue est heureux de nous accueillir chez lui.

C’était une première expérience en tant que guide motoneige pour Rodrigue Bernier. Cet hyperactif, homme d’affaires et de famille, artisan du bois talentueux, consacre habituellement son temps à la gestion de sa compagnie de transport par autobus, à déneiger son entrée et celle du voisinage, ou encore, à créer des meubles, des pièces artisanales ou des stylos de bois ou d’os. Il trouve aussi du temps à consacrer à son loisir hivernal favori au club de motoneigistes de Carleton et pour guider sur son territoire le collaborateur de Magazine Motoneige Québec.

Roseline Arsenault, sa charmante conjointe, est infirmière au CLSC de Pointe-à-la-Croix. En plus d’être curieuse et rieuse, elle aime bien randonner à motoneige avec son Rodrigue et s’avère une compagne de route on ne peut plus agréable.

Blizzard au départ

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Quand il vente sur le Québec, on peut présumer qu’il fait tempête sur la côte gaspésienne. C’est ce qui se produit au départ de Pointe-à-la-Croix, après un très bon dîner au restaurant Pastali, alors que les conditions s’apparentent au blizzard et que le whiteout se soulève dans certains bouts de sentiers ouverts.

Nous sommes principalement en forêt, dans un paysage saisissant puisque les branches sont souvent repliées vers le sol à la suite de la pluie et du grésil des derniers jours. On s’avance dans un tunnel sombre et sur un fond de sentier (TQ no 5) couvert d’un épais tapis. Cela n’ajoute que du plaisir à la randonnée, en plus de l’assurance de rouler sur un excellent enneigement tout au long du périple.

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Les branches ploient sous la neige.

Le sentier s’enfonce ici profondément dans les terres, traversant d’abord la réserve de Listuguj, le territoire du Club sportif Marquis de Malauzé, puis contournant le mont Escumiac avant d’entrer dans les terres du Club de Motoneige Mont-Carleton. Voilà un moment que Rodrigue ne manque pas de souligner en s’arrêtant près de l’affiche qui nous souhaite la bienvenue, puisqu’il s’agit du club auquel il s’est joint il y a déjà plusieurs décennies. Les lots à bois succèdent aux fermes jusqu’au moment d’approcher la ville de Carleton-sur-Mer et le relais du club qui se trouve à un jet de pierre du quartier résidentiel.

Un arrêt au relais est un incontournable avant de reprendre la piste jusqu’à New Richmond avec, encore une fois, une incursion dans les terres jusqu’à Cascapédia-Saint-Jules avant de redescendre vers la baie des Chaleurs que le mauvais temps dissimule à la vue. L’Hôtel Le Francis nous accueille pour une escale mémorable où nous pourrons faire plus ample connaissance. Nous vous proposons dans ce numéro un reportage détaillé sur cette institution familiale qu’est l’Hôtel Le Francis.

Quand le soleil dit bonjour…

Tout un contraste au départ de New Richmond avec un soleil resplendissant, un temps plutôt froid et le vent qui se fait encore plaisir. Au fil du sentier qui suit la ligne de transport d’électricité, nous enjambons la très élégante passerelle suspendue Théo-Cyr avant de nous engager en forêt sur un tracé large et droit vraiment agréable. C’est une fois dépassé le relais du club Tourbillon de Bonaventure que nous apercevons nos premiers cerfs de Virginie. Pas peureux pour deux sous, ils restent plantés bien droit au milieu de la piste, nous observant avec curiosité, avant de décamper en cherchant une trace battue pour disparaître entre les arbres. Ils sont loin d’être les derniers chevreuils que nous verrons puisque l’espèce semble maintenant extrêmement abondante en Gaspésie. Il y en a partout. De là l’importance de s’attendre à les voir surgir de n’importe où, d’éviter de les surprendre et, surtout, de ne pas les poursuivre.

Alors que les souffleuses s’activent encore à ouvrir les chemins et les entrées, nous avançons jusqu’à Paspébiac pour un bref arrêt au relais du club Les Aigles Blancs. Nous y rencontrons trois dames aussi gentilles que dévouées et pleines d’humour – Florida, Hélène et Diane – qui œuvrent avec le sourire au bonheur des motoneigistes de passage.

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Florida, Hélène et Diane au relais des Aigles-Blancs de Paspébiac

Pause à Port-Daniel

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La passerelle Théo Cyr, près de Carleton

On file ensuite sur les longs droits vallonnés qui caractérisent ce secteur de la Gaspésie – des chemins forestiers tracés à la règle et qui ouvrent des saillies blanches sans fin au milieu du boisé foncé. La baie des Chaleurs réapparaît dans le paysage à l’approche de la magnifique localité de Port-Daniel. La cimenterie géante déguise un peu le panorama, mais quand on enjambe la petite passerelle à l’entrée de la municipalité, devant le magnifique édifice patrimonial qui nous accueille, on se laisse gagner par le charme de l’endroit. Nous débarquons au casse-croûte du Havre un peu avant 14 h, totalement affamés et prêts à dévorer la généreuse table d’hôte du midi qui nous est servie avec empressement.

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Jean-Pierre et Kathleen Lepage de la Table à Roland (Percé)

Il reste encore un bon bout de route à faire jusqu’à Percé et il fait déjà noir lorsque nous nous arrêtons à Chandler pour faire le plein. On ne trouve toujours pas d’essence à Percé durant l’hiver, alors que le village se transforme presqu’en village fantôme. L’incontournable étape y demeure la fameuse auberge La Table à Roland. Jean-Pierre et Nadine Lepage y tiennent le fort presque douze mois par année depuis 1989 et leur accueil amical est devenu la marque de commerce de cette institution locale. Par contre, le couple de propriétaires semblait résolu à prendre sa retraite avant l’hiver 2019-2020. En effet, M. Lepage nous a avisé en octobre dernier qu'il est possible que l'Auberge La Table à Roland soit fermée l'hiver prochain. Il sera donc essentiel de vérifier si l'entreprise est bel et bien en opération si vous souhaitez vous y rendre.

Hommages au Rocher

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Pas question de quitter Percé sans rendre nos hommages au fameux Rocher Percé, d’autant qu’on ne l’avait pas vu la veille. Alors qu’autrefois nous pouvions aller jusqu’au bout du quai à motoneige pour se photographier face au Rocher, la chose n’est malheureusement plus possible aujourd’hui puisque le quai n’est pas entretenu et qu’il est recouvert de glace. Tout le visage de ce secteur de Percé a d’ailleurs beaucoup changé depuis les travaux de réaménagement de la promenade riveraine et du quai. Il s’agit néanmoins du meilleur endroit d’où l’on peut prendre quelques photos du Rocher et de la baie. Toutefois, pour immortaliser le moment en fixant sa motoneige et le célèbre Rocher Percé dans la même image, on doit prendre de la hauteur sur le sentier.

Retour d’une traite

Nous amorçons ensuite le retour presque d’une traite jusqu’à Carleton, ce qui représente une bonne journée de motoneige. Le point marquant de la journée sera le passage de la passerelle au creux de l’imposante vallée de la Grande Rivière. Par la suite, on s’arrête naturellement pour le lunch au relais Chandler, puis pour quelques photos pittoresques au soleil baissant. Et on file jusqu’à l’Auberge Baie-Bleu de Carleton afin de profiter d’un repos bien mérité et d’une bonne table. Avant de rentrer à Pointe-à-la-Croix le lendemain, il ne faut surtout pas rater le point de vue spectaculaire que nous offrent le mont Saint-Joseph et les sommets environnants couverts d’éoliennes. Mis en opération en 2008, ce parc d’une puissance de 109,5 MW compte 73 grands moulins à vent.

C’est ainsi que Rodrigue et Roseline nous ont menés à bon port, heureux d’avoir renoué avec l’accueil légendaire des Gaspésiens, leur hiver prodigue, leur cuisine maritime et les panoramas grandioses de la baie des Chaleurs.

Étape au Gaspésiana

Plusieurs motoneigistes qui entreprennent le tour de la Gaspésie font escale à Sainte-Flavie, la porte d’entrée de la région, à la réputée auberge Le Gaspésiana. On y apprécie l’hébergement confortable, mais aussi et beaucoup, la table exceptionnelle de son restaurant. Les produits de la mer y sont naturellement à l’honneur et la qualité du service atteint des sommets. Nous y avons beaucoup apprécié notre séjour.

www.gaspesiana.com

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