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La Basse-Côte-Nord à motoneige !

Publié le 27 janvier 2020 - Francine St-Laurent

C’est le grand départ! Mikael Brassard de l’Atelier Laforge s’apprête à installer ma motoneige sur la camionnette. Le concessionnaire de Sept-Îles offre, avec des garagistes partenaires, un service de dépannage pour les motoneigistes qui subissent une panne sur la Route Blanche. L’entreprise offre également un service de location de motoneiges.

Les motoneigistes sont gâtés au Québec avec ses vastes étendues enneigées et sauvages à perte de vue. Pourtant, ceux et celles qui ne sont jamais allés sur la Basse-Côte-Nord n’ont encore rien vu!

En effet, la Basse-Côte-Nord est un magnifique gros morceau de notre coin de pays avec son chapelet de villages sans route. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi les Bas-Côtiers aiment l’hiver, la seule saison de l’année où toutes les petites collectivités de cette grande région nordique sont reliées entre elles par la Route Blanche, un sentier de motoneige balisé reliant Kegaska et Blanc-Sablon (village situé aux limites du Labrador). Selon le ministère des Transports, la distance réelle entre Kegaska et Blanc-Sablon est de 459 kilomètres. La Route Blanche est le seul chemin terrestre qui existe entre ces villages côtiers coupés du monde. Et croyez-moi, les Coasters, comme on les appelle, sont bien fiers de cette route toute enneigée qui permet notamment de briser leur solitude et de rendre visite à leurs proches et amis des autres villages de la côte et d’ailleurs.

Certains couples préfèrent se marier l’hiver, car la Route Blanche permet aux gens des autres villages de se déplacer en motoneige pour assister à la cérémonie. Ici, Gabrielle Anderson et son jeune époux, Larry Shattler.

« La motoneige fait partie du décor! C’est un engin essentiel pour se déplacer durant l’hiver. On va à l’église à motoneige, à des rencontres, à la station-service, à l’épicerie, à des festivals, à des tournois sportifs, au dépanneur, entre autres. On se marie même en motoneige », de dire Gilles Monger, de Tête-à-la-Baleine.

Pour lui, l’été est une toute autre histoire. Il y a l’avion qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Et le caboteur Bella Desgagnés (Relais Nordik, filiale de Desgagnés) qui dessert une majorité des villages de la Basse-Côte-Nord, d’avril à janvier. Cependant, la durée des haltes portuaires est de deux à trois heures, ce qui nous laisse peu de temps pour visiter les petits joyaux touristiques de cette région.

 

Où partir?

Au village de Kegaska, où débute la Route Blanche, un stationnement (qui sera éventuellement payant) est mis à la disposition des motoneigistes afin qu’ils puissent laisser leur camion et leur remorque avant d’entreprendre leur expédition sur la Route Blanche. On suggère d’apporter une pelle au cas où vous auriez besoin de déneiger votre véhicule à votre retour. Kegaska? Eh oui! Cette petite communauté anglophone est reliée depuis 2013 au reste de la province par la route 138.

Pour revenir à mon passage en terre bas-côtière, je suis partie de Natashquan où j’ai été  chaleureusement accueillie par Magella de l’auberge Le Port d’Attache où il est également possible de laisser sa remorque et son camion pour la durée de l’expédition. Le sentier de motoneige balisé qui relie Natashquan à Kegaska (d’une distance de 55 kilomètres) est entretenu par l’OBNL Gestion Piste Info Neige. Les motoneigistes peuvent trouver à Natashquan – le village natal de Gilles Vigneault – différents services (épicerie, quincaillerie, gîtes et auberges, stations-services et restaurants). Bref, tout ce qu’il leur faut avant le départ. De plus, le restaurant Le Goût du Large propose aux visiteurs de belles assiettées de poissons et de fruits de mer. Après tout, ce charmant village côtier est bercé par la mer. Profitez-en!

Pour ceux qui décident de commencer leur expédition à motoneige à Kegaska  – l’entrée ouest de la Basse-Côte-Nord  –, sachez qu’il est également possible de profiter d’un bon gîte et d’une bonne table. Ruth Kippen, propriétaire de l’Auberge Brion, concocte depuis 1995 des plats réconfortants et riches en arômes pour la clientèle de l’auberge dont le nom est inspiré du Brion, un gros navire de ravitaillement qui a échoué tout près de Kegaska en 1976. Encore aujourd’hui, on peut voir la silhouette sombre de l’épave repliée dans sa solitude.

La Route Blanche? Une véritable expédition!

Là où la 138 s’arrête, la Route Blanche commence. S’amorce alors une expérience unique pour les motoneigistes en quête de défis. En effet, il est préférable d’être un motoneigiste expérimenté pourvu d’un esprit d’aventurier pour relever le défi que représente la Route Blanche créée avant toute chose pour relier les gens des petites communautés isolées du reste du monde. Cette route quasi désertique à perte de vue traversant des lacs et des rivières gelés est parfois balayée par des tempêtes et de forts vents pouvant atteindre 100 km/h. Des froids extrêmes frappent de temps à autre cette région nordique pouvant faire chuter le mercure à 40 °Celsius. Le siège et les poignées chauffants sont vivement recommandés.

D’ailleurs, toutes ces conditions expliquent la présence de 23 refuges hivernaux tout au long du trajet, installés à environ 16 kilomètres de distance l’un de l’autre. Ces refuges sont équipés d’un poêle et pourvus de bois de chauffage (voir photo ci-haut).

La Route Blanche est sous la responsabilité du ministère des Transports. L’entretien est confié en sous-traitance par le ministère et il n’existe aucune surfaceuse digne de ce nom dans ce coin reculé du Québec. Le travail se fait à l’aide d’une motoneige tirant une gratte à neige. Sans surprise, les émules du pilote automobile Gilles Villeneuve et les amateurs de « wheelies » seront peut-être un peu déçus. L’état des sentiers parfois « raboteux » ne permet pas toujours de rouler à haute vitesse. La Route Blanche n’a aussi rien à voir avec la Grande-Allée à Québec. Disons qu’elle ressemble plus à un sentier de motoneige qu’à une route. Le terrain est parfois accidenté et émaillé de portages boisés avec des virages en lacet et serrés dont la largeur n’atteint pas toujours trois mètres. Il faut donc être vigilant dans les courbes et les montées pour éviter des face-à-face.

Toutes ces considérations expliquent pourquoi il faut souvent calculer quelques jours – sinon une bonne semaine – pour faire le trajet aller-retour entre Kegaska et Blanc-Sablon. Cependant, s’il est vrai que la météo et les conditions de sentiers peuvent vous forcer par moment à de petits répits, dites-vous que votre patience sera grandement récompensée par la découverte de paysages d’hiver magnifiques qui longent le littoral du golfe du Saint-Laurent. Ce sont de véritables tableaux souvent aux couleurs pastel et d’un subtil rose thé.

Pays de Jos Hébert, facteur des neiges

Mon deuxième arrêt pour la nuit a lieu à l’Auberge de L’Archipel à Tête-à-la-Baleine. L’hôte des lieux, Martin Marcoux, élabore les mets du jour pour les visiteurs. Il offre également aux motoneigistes des visites guidées de la chapelle de l’île Providence érigée en 1894 et 1895, le plus ancien lieu de culte de la Basse-Côte-Nord. Il est aussi possible de visiter la Maison Jos-Hébert, sur l’île de la Passe, convertie en musée. 

Le lendemain, la forte tempête qui sévit dans la région m’empêche de poursuivre ma route vers Saint-Augustin, l’un des plus grands villages de la Basse-Côte-Nord. Cette communauté anglophone est située juste en face de Pakuashipi, une communauté innue. Après la tempête, mon guide, Gilles Monger, met le cap sur Harrington Harbour, un village de pêcheurs pittoresque désigné comme l’un des plus beaux villages du Québec et où a été tourné le film québécois La grande séduction.

Je suis reçue pour dîner par la colorée Madame Jean, propriétaire du gîte la Maison de Jean (Jean’s House). Elle peut vous raconter toutes les petites anecdotes de cette collectivité, notamment l’histoire vraie de Marguerite de La Rocque. Celle-ci aurait été abandonnée avec son amant et sa servante sur l’île de Harrington vers 1540 par un proche parent, le capitaine Roberval. Pourquoi un sort si cruel? C’est que le sieur Roberval a été choqué d’apprendre que Marguerite avait eu une liaison amoureuse avec un jeune homme sur son navire. Durant son séjour forcé sur l’île, la jeune femme a donné naissance à un enfant qui n’a pas survécu, alors que son amant et sa servante y ont connu la même fin. Marguerite a été secourue et ramenée en France quelques années plus tard par des pêcheurs qui l’ont découverte par hasard.

Sur la route du retour, je fais un arrêt pour la nuit à l’hôtel de Madame Ruby situé à La Romaine, un village qui compte trois communautés : des francophones, des Innus et des Malécites. Bref, si vous désirez vivre en motoneige un voyage plein d’aventures et des moments uniques, la Route Blanche est toute indiquée pour vous!

Un dépanneur qui vend de tout

Lorsque je me suis arrêtée à un dépanneur du village La Romaine, j’ai entendu un francophone demander à son collègue innu de l’aider à livrer un cercueil à une famille endeuillée. Devant l’Innu qui semblait quelque peu hésitant, l’homme lui dit : « Dis-moi pas que tu as encore peur des esprits. Aide-moi toujours à l’amener ici. J’irai l’apporter moi-même à la famille. » « Vous vendez des cercueils au dépanneur? » demandais-je, surprise. « Bien sûr », répondit le francophone, ce qui m’a fait sourire. Décidément, les dépanneurs situés dans des régions isolées doivent tout avoir pour dépanner leur clientèle.

Consignes importantes

Le téléphone cellulaire fonctionne par intermittence dans cette région isolée. Il est fortement conseillé de se munir d’un téléphone satellite et de voyager en groupe d’au moins deux personnes. Les stations-services et les restaurants peuvent fermer tôt ou manquer d’essence ou de ravitaillement. Il vaut mieux apporter de la nourriture sèche et des bidons d’essence.

Pour en savoir plus :

Voici quelques liens permettant d’en savoir plus sur le matériel indispensable qu’il faut apporter, les conditions de sentiers, la Route Blanche, la façon de bien planifier son voyage, les réservations en hébergements, les forfaits ou un accompagnement à distance :

 Tourisme Côte-Nord

Expédition Route Blanche

Pour en connaître davantage sur les petites communautés de la Basse-Côte-Nord :

Le documentaire Les Coasters dresse un portrait très humain de ces petits villages coupés du reste du monde dont la population est empreinte d’une simplicité et d’un esprit de communauté hors du commun. ​​​​​​​

 

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