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Mauricie, Shawinigan et sa RégionLe long de la rivière

Publié le 16 novembre 2020 - Yves Ouellet

Pour les motoneigistes du secteur Shawinigan, en Mauricie, le Saint-Maurice constitue la colonne vertébrale d’un réseau de sentiers qui donne accès aux deux rives de la rivière et ouvre les portes tant sur la Haute-Mauricie que sur toutes les régions voisines. Dès que la glace atteint l’épaisseur sécuritaire, la rivière Saint-Maurice devient l’autoroute nord-sud des motoneigistes jusqu’au secteur Grand-Mère et permet la traversée à la hauteur de Shawinigan.

L’échangeur

Si l’on voyage dans l’axe est-ouest sur le sentier Trans-Québec no 23, on n’a pas d’autre choix que de franchir le Saint-Maurice au nord de l’agglomération de Grand-Mère – qui fait partie de la ville de Shawinigan – en haut du grand barrage hydroélectrique qui retient les eaux de la rivière. On descend alors sur les glaces pour s’engager entre les balises jusqu’au centre du vaste espace dénudé où se trouve l’échangeur à partir duquel on choisit sa direction et sa destination. Québec, 210 km. La Tuque, 140 km. Mattawin, 85 km. Trois-Rivières, 70 km. Ou alors, on part direction ouest vers Lanaudière et les Laurentides. C’est ici que tout se décide.

La plupart des motoneigistes choisissent de faire une pause pour admirer la structure élancée du pont des Piles à la fin de l’autoroute de l’Énergie (no 55), qui fait le lien avec la route 155 en direction de La Tuque. 

Plus loin, on s’engage sous le vieux pont de Grand-Mère, beaucoup plus bas, qui a été inauguré en 1929 alors qu’il détenait le titre de « plus long pont à voies métalliques transfluviales avec câbles à torons au monde ». Il n’y a que les ingénieurs pour savoir exactement de quoi il s’agit, mais parlons du plus long pont suspendu sur une rivière au monde.

Au Maximum

Notre point de départ est l’entreprise Maximum Location, à un kilomètre de l’hôtel Marineau de Grand-Mère et de l’autoroute 55. Autant vous dire qu’à chaque belle matinée hivernale qui se présente, il y a de l’action chez Maximum avec plus de 70 motoneiges en location qui partent et qui arrivent. La clientèle européenne, dont plusieurs habitués, s’y retrouve pour réaliser ses rêves d’hiver, de neige et de froidure au Québec.

Le personnel s’active dans tous les sens derrière les comptoirs pour satisfaire les besoins de la clientèle en vêtements, équipements et motoneiges, tout en trouvant le moyen de discuter et de blaguer avec tout le monde. Que vous soyez expert ou novice, chacun, dont Jean-François Houle qui s’occupe de moi, joue son rôle minutieusement en expliquant clairement les responsabilités réciproques, les mesures de sécurité et les façons d’obtenir de l’aide au besoin. Même chose à la prise de possession du véhicule alors que les responsables prennent le temps de faire le tour de la machine en démontrant tous les détails techniques de la machine.

En selle vers Saint-Tite!

Deux membres du Club de Motos Neige de la Mauricie (communément appelé le Club de la Mauricie) m’accompagnent dès le départ. Michel Lebrun est responsable des communications alors que René Thibodeau est secrétaire du Club. Pas moyen de se perdre avec ces deux-là!

Nous nous dirigeons immédiatement vers le Saint-Maurice et optons pour la direction nord, vers La Tuque, dans l’intention de pousser notre promenade jusqu’au tracel du CN. Le sentier entre d’abord en forêt jusqu’à Saint-Tite, célèbre capitale québécoise du western, où nous ne pouvons pas passer devant le grand panneau routier à l’entrée de la municipalité sans nous arrêter pour la photo sur laquelle s’ajoute Line St-Amand, directrice du Club et bénévole on ne peut plus active. Cet affichage orné du traditionnel chapeau de cowboy est également accompagné de la représentation réaliste d’un cavalier de rodéo se faisant malmener sur sa monture.

Envies de quoi?

Tout près, le sentier TQ no 23 traverse une rivière dont le nom inusité m’étonne énormément : la rivière des Envies! Envies de quoi? Mystère! Les hypothèses sont nombreuses sur les origines de ce toponyme en usage dès le milieu du XVIIIe siècle, mais aucune n’est officiellement retenue.

Quant aux responsables du Club de la Mauricie, ils auraient bien envie de s’en débarrasser puisque le tracé traverse à plusieurs reprises cette rivière d’une longueur de 74 kilomètres, toute en méandres, et dont l’érosion les force à investir des fortunes dans l’entretien des approches des ponceaux.

Tout le monde à bord pour le tracel!

Alors que le temps très nuageux laisse échapper les premiers flocons de ce qui deviendra une des grosses tempêtes de l’hiver, notre petit convoi entre dans les magnifiques érablières et forêts de feuillus qui caractérisent l’arrière-pays de la Mauricie. Line tient à me montrer une belle chute de glace située à quelques mètres du sentier puis nous continuons dans une plantation très dense de conifères. Sous les branches, il fait sombre comme au crépuscule. La neige s’intensifie alors que la topographie présente de plus en plus de relief sur le piémont des Laurentides.

Le fameux tracel se trouve aux abords de la rivière du Milieu, à 40 kilomètres au sud de La Tuque. Ce long pont ferroviaire, situé sur le territoire de la MRC Mékinac, est placé à mi-chemin sur le tronçon du Canadian National reliant La Tuque à Hervey-Jonction depuis 1919. Long de 121 mètres et haut de 60, celui que l’on appelle aussi le « pont de la rivière du Milieu » comporte sept pylônes de métal et deux piliers de ciment.

Un autre directeur du Club, Gérald Naud, nous rejoint alors avec sa conjointe pour le retour en direction du Relais Tawachiche.

Le Relais Tawachiche

Le groupe se dirige donc vers la localité de Lac-aux-Sables par les sentiers 351 et TQ no 23 dont les couloirs d’épinettes sont chargés de neige, en route pour le dîner prévu au Relais Tawachiche.

De l’extérieur ou de l’intérieur, l’endroit ressemble aux lieux de restauration habituellement accessibles aux motoneigistes en sentier – bâtiment style bungalow, intérieur sans prétention. Par contre, c’est derrière les fourneaux et sur la table que le Relais se démarque. L’accueil de la propriétaire, Guylaine Caron, constitue ce qu’il y a de mieux dans le genre. Dans son recoin cuisine, elle prépare avec amour toutes les spécialités de restauration rapide les plus populaires. MAIS… Elle a toujours au menu quelques petits plats qui sortent de l’ordinaire. Lors de notre passage, elle proposait des pâtes arrosées de morceaux de filet de porc en sauce. Un vrai délice.

Il faut vraiment souligner l’audace d’une cuisinière comme Guylaine qui préconise en priorité de satisfaire parfaitement les goûts et les besoins de sa clientèle, mais qui n’hésite pas non plus à surprendre ceux qui prennent place à sa table en leur offrant une alternative une coche au-dessus de l’habituel.

Nous terminerons la journée un peu plus au sud, au Relais de la Station, près de Saint-Séverin, sur le sentier no 302. Ce relais s’avère indéniablement l’endroit qui brasse le plus dans le secteur. La grande salle du resto-bar accueille motoneigistes, quadistes et adeptes d’équitation dans une ambiance festive.

Vous pouvez tomber sur la soirée spaghetti, le mardi, ou le soir des ailes de poulet, le jeudi. Outre les burgers, poutines et poulet, le Relais de la Station affiche une spécialité « tartare et fumoir » de bœuf, saumon et truite, en solo ou en duo. Super menu!

Le Relais est en fait le camp de base du Motel Cowboy, situé à environ un kilomètre de là. Le motel, de construction toute récente, compte 12 chambres confortables, tranquilles et très propres, WiFi inclus, avec TV câblée et tout ce qu’il faut sur place pour se bricoler un déjeuner. Donc, si vous réservez au Motel Cowboy, vous devrez passer au Relais la Station prendre votre clef et régler la facture.

Jour de tempête

Comme l’avait promis Météo Media, la tempête avait sévi toute la nuit et un épais tapis de neige recouvrait le sol au moment où je rencontrais Réjean Lemieux à l’entrée du Motel Cowboy. Réjean est un jeune septuagénaire qui a pas mal bourlingué au cours de sa vie, mais qui a toujours été un mordu de motoneige.

Afin de meubler ses hivers agréablement en partageant sa passion et en rencontrant des gens intéressants, il guide à motoneige, surtout des Européens à qui il fait découvrir la Mauricie et le Québec. J’ai d’ailleurs pu constater à quel point les gens qu’il accompagne l’apprécient lorsque nous avons rencontré d’ex-clients chez Maximum Location. C’est donc un privilège de rouler dans sa trace et de m’en faire un nouvel ami.

Pour moi, c’est un grand plaisir que d’être le premier à rouler sur les sentiers remplis de neige et dans la tempête. À moins que l’on soit en plein blizzard. La journée qui commence s’annonce donc idéale avec 30 à 35 centimètres d’une belle neige volatile. Et j’ai une super machine pour affronter ces conditions : une Expédition de l’année. Le cadre visuel est extraordinaire malgré l’horizon bloqué. Nous traversons de superbes tunnels naturels sous les branches alourdies, puis nous débouchons sur le Saint-Maurice où la couche de nouvelle neige est tellement épaisse que la motoneige de Réjean disparaît littéralement sous lui. Ce serait trop de dire que nous avons fait beaucoup de kilométrage. Nous nous sommes simplement amusés comme des enfants jusqu’à Shawinigan où nous sommes entrés en ville pour un excellent dîner au Pacini. Ensuite, nous avons prolongé l’agrément pour achever cette journée dans l’un des hôtels préférés des motoneigistes à Shawinigan : le Drakkar.

Auberge-Motel Drakkar

Jamais Réjean Côté n’aurait pensé devenir aubergiste, mais les plus incroyables aléas de la vie l’y ont conduit avec succès. Au départ, il avait racheté l’ancien motel pour en faire une institution de ressourcement pour hommes.

Toutefois, l’affaire mettant trop de temps à se concrétiser, il décide de redonner à l’endroit sa vocation première en se lançant dans un grand programme de rénovation des chambres. Rapidement, la clientèle motoneigiste américaine découvre le Drakkar et en fait son pied-à-terre de prédilection en Mauricie. De nombreux habitués s’y installent pour rayonner sur les sentiers autour de Shawinigan, comme nombre d’Européens et de motoneigistes québécois. Ce qui plaît ici, c’est l’ambiance décontractée et chaleureuse avec le salon-salle à manger où tout le monde se regroupe. Il semble que les Américains apprécient beaucoup le fait que l’entrée soit fermée par une barrière la nuit…

L’hôtel compte huit grandes et confortables chambres avec un ou deux lits, en plus des unités de motel. En outre, les motoneiges peuvent dormir dans un garage chauffé. L’hôtel-motel ne comprend pas de restaurant, mais on en trouve plusieurs à proximité. Le déjeuner continental est super. Tout ça fait que le Drakkar offre l’un des meilleurs rapports qualité-prix en Mauricie.

Shawinigan… Au cœur de la Mauricie!

Pour Luc Desaulniers, président de l’Office de tourisme de Shawinigan, la grande force de sa ville, en matière de motoneige, réside dans sa situation géographique stratégique et dans ses infrastructures : « Nous sommes à la croisée de deux circuits majeurs qui traversent la rive nord du Saint-Laurent d’est en ouest et du sud au nord.  De plus, nous disposons de tous les services pour bien accueillir la clientèle motoneigiste – hôtellerie, restauration, location et autres. »

L’administration municipale de Shawinigan a pris conscience de l’impact économique de l’activité puis a pris le « tournant motoneige » la saison dernière en s’impliquant directement avec les clubs locaux dans le développement d’un volet touristique. Cet intérêt n’est cependant pas nouveau. Certains se souviendront des compétitions qui se sont déroulées sur le bassin du Saint-Maurice durant près d’une décennie. La ville accueille aussi le Grand Prix Snocross SCMX, une étape du championnat provincial.

Située à mi-chemin entre Montréal et Québec, « Shawi », pour les intimes, attire les motoneigistes tant d’un côté que de l’autre, en plus de très nombreux Européens et Américains.

« L’autre avantage de Shawinigan est de pouvoir rayonner en boucle sur plusieurs circuits et des milliers de kilomètres en conservant l’opportunité de séjourner en ville. Nos sentiers s’ouvrent vers le nord (La Tuque, Lac-Édouard, Lac-Saint-Jean ou Parent), Québec et Charlevoix, Lanaudière et les Laurentides, explique Luc Desaulnier. Shawi est un pied-à-terre à partir duquel on peut se rendre un peu partout. » En effet, l’accès au centre-ville a été grandement amélioré et permet de se rendre facilement au resto Pacini et à l’Auberge Gouverneur, au Confort Inn et au Drakkar, en plus des hôtels des secteurs Grand-Mère et Shawinigan-Sud. Shawinigan rêve de devenir le nouvel incontournable de la motoneige.

À noter…

 tourismemauricie.com

tourismeshawinigan.com

Restaurant Le Relais Tawachiche : 418 289-2117

Relais de la Station et Motel Cowboy : 418 365-3885;

Auberge Motel Le Drakkar

Maximum Location 

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