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Viveles acadiens et les acadiennes !

Publié le 15 septembre 2019 - Yves Ouellet

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Visiter l’Acadie, à motoneige ou autrement, reste un drôle de projet puisque l’Acadie n’a ni frontière ni territoire officiels. Toutefois, comme disait sa grande ambassadrice, Antonine Maillet : « L’Acadie existe partout où il y a des Acadiens! »

L’Acadie se disperse dans les provinces maritimes, sur la Côte-Nord du Québec, en Louisiane, à Montréal, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et un peu partout dans le monde depuis « le Grand Dérangement » de 1755. Cependant, même si on ne peut pas pointer précisément sur la carte ce pays imaginaire, il demeure incontestable que sa capitale s’étend de part en part de la Péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick, cette région que ses habitants appellent simplement « la Péninsule », en signifiant sa singularité.

Un peuple fier

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Sur les glaces entre Shippagan et l’île de Lamèque où on distingue le drapeau acadien sur le toit d’une usine de transformation de poisson

J'aime l'Acadie. J'aime les Acadiens et les Acadiennes. J'aime ce peuple qui, contrairement à nous, n'a pas honte de ce qu'il est et continue de se battre pour sa langue, sa culture, ses institutions et sa survie. J'aime ces gens qui ont redéfini l'hospitalité et qui ont le plaisir en obsession. J'aime ceux qui refusent d'abdiquer et qui se tiennent encore debout, même sous le joug. L'Acadie préserve un sens de l'humour bien à elle. Un besoin viscéral de jouir de la vie, en se donnant le temps de le faire. J'aime la chanson acadienne avec ses complaintes, ses accents, ses two steps, sa nostalgie, son humour et sa fierté.

Un voyage culturel

La destination motoneige acadienne est une des rares qui nous assure de super belles randonnées doublées d’un dépaysement important et d’une véritable expérience « culturelle ».

Oh là! Voilà le mot plate par excellence prononcé : « culturel ». Mot d’intello gauchiste, servi à toutes les sauces! Pour ma part, je pense que, même en motoneige, on peut vivre des expériences culturelles intenses. Dans mon dictionnaire, ça veut dire : « rencontrer des gens qui ne parlent pas exactement comme nous. Qui ne mangent pas exactement comme nous. Qui boivent de la Moose Head plutôt que de la Coors Light. Qui ne vivent pas exactement comme nous, dans un environnement différent du nôtre. » En deux mots, c’est ouvrir un peu son esprit à ce qu’on ne connaît pas et ne pas se contenter de clancher sur le sentier. Ça ne demande qu’un peu de curiosité et de disponibilité, puis ça nous permet de rapporter des belles histoires à la maison.

Il n'y a rien que je préfère plus qu’un voyage en Acadie où chaque jour accroît mon nombre d'amis. On s'amuse ferme. On jase beaucoup et toujours en français. On ne partage pas nécessairement les mêmes idées, mais on s'exprime et on se respecte parce qu'on sait qu'on se rejoint là où c'est important. Aller en Acadie, ça dilate la rate. Ça réjouit l'estomac et le comble de fruits de la mer. Ça titille l'esprit. Ça détend les nerfs. Ça remplit les yeux. Ça stimule le cœur... Ça fait du bien.

Que font les Acadiens en hiver?

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On se préparait à accueillir le Tournoi de hockey sur étang dans la rade de Caraquet.

Ils sont… Pêcheurs dont la saison en mer se résume à quelques mois. Travailleurs saisonniers. Retraités... Les résidents de la Péninsule acadienne ont du temps en hiver. Cela leur permet d'explorer les magnifiques sentiers qui côtoient la mer, contournent les immenses baies et frôlent les quais et les bateaux qui attendent le printemps. Des sentiers qui pénètrent en forêt et leur permettent d'accéder à tous les services des villes. Tracadie-Sheila, Caraquet, Shippagan, Lamèque, Paquetville... Nous sommes allés partout! Et vous dire le plaisir que nous avons eu... Ce n'est pas croyable! Le maudit facteur qui livre le vent travaillait fort. Puis un redoux nous a fait craindre la pluie verglaçante. Mais l'hiver a été bon à chaque moment et nous a laissé « enjoyer » nos « rides ».

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On pêche l’éperlan sur la baie des Chaleurs (Caraquet).

Sillonner la Péninsule

C’est en compagnie de mon vieil ami Percy Mallet, et de plusieurs nouveaux amis impliqués dans les clubs locaux, que nous partons explorer un territoire qui n’est pas très vaste mais qui a beaucoup à offrir. Si on regarde la carte motoneige de l’Odyssée du Nord, qui couvre 1 500 kilomètres de sentiers sur tout le Nord du Nouveau-Brunswick, on distingue bien la pointe formée par la Péninsule acadienne, au nord-est. On remarque aussi la possibilité d’y réaliser plusieurs circuits concentriques à partir du petit tour entre Bathurst et Grande-Anse (331 – 19). On peut agrandir en passant par Tracadie-Sheila et en frôlant l’extrémité Nord (19 – 48 – 23). Plus grand encore en poussant jusqu’à Neguac et Laviolette (541) ou Nipisiguit Falls (48 – 52 – 19). Puis, la totale si on se rend jusqu’à Maramichi.

Notre choix est de nous concentrer au nord et à l’ouest de Tracadie-Sheila, puis d’aller frayer jusqu’à Shippagan et autour de l’île de Lamèque, dans les baies spectaculaires qui donnent sur la baie des Chaleurs.

Circuit de l’intérieur

À mon avis, les sentiers de l’intérieur des terres ne constituent pas ce qu’il y a de plus intéressant au Nouveau-Brunswick. Beaucoup de forêt. Très peu de relief. Peu de services. Cependant, il me faut reconnaître que les motoneigistes qui adorent rouler sans contrainte peuvent se faire plaisir dans le coin. Si ce n'est pas ici qu’on a inventé l’expression « piston alley » pour désigner ces boulevards rectilignes sur des kilomètres qui semblent être faits pour brûler des moteurs, c’est ici que je l’ai entendu pour la première fois à propos du sentier 23 qui file de Rogers Lake au Governors Wilderness Lodge.

En général, les sentiers sont super bien entretenus. Les clubs ont également le souci d’aménager des relais qui permettent régulièrement de faire une pause. La signalisation est impeccable, parfait pour les avaleurs de kilomètres quoiqu’on doive constamment prendre garde aux cerfs de Virginie qui surgissent sur les sentiers sans avertir et ne semblent pas pressés de quitter la piste durcie. La patience est de mise et on évite naturellement de les poursuivre!

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On aperçoit régulièrement des cerfs sur les sentiers de la Péninsule acadienne.

La Poutine du Camp Cormier...

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En banlieue de Caraquet, tous les sentiers et tous les chemins mènent au Camp Cormier. Cette véritable institution locale attire depuis 45 ans les foules qui y accourent en motoneige, en quad et en auto. Le sympathique colosse René Blanchard a pris la relève du fondateur, Raymond Cormier, en 2015.

On vient ici pour savourer la spécialité maison, la poutine, acclamée par les connaisseurs pour son goût ou la fraîcheur de son fromage en grains, mais d'abord et avant tout, pour les proportions éléphantesques de l'assiette. On ne parle pas ici de quantité mais de masse. L'assiette, comblée d'une montagne de frites, de sauce et de fromage, défie l'entendement et les lois de l’équilibre. Tant et si bien que son contenu arrive difficilement à se maintenir en place et déborde allégrement dans l'indispensable plateau de service. Comme on pourrait dire... C'est cochon! Ouvert 7 jours par semaine, durant 22 semaines.

La côte et les îles

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Où aller? On a le choix!

Au départ des Chalets de la Plage de Bas-Caraquet, nous avons donc surtout joué en forêt la première journée, guidés par Ronald Lanteigne, vice-président de la Fédération des clubs de motoneige du Nouveau-Brunswick (FCMNB). J’attendais impatiemment la seconde journée où nous allions nous amuser du côté de la baie des Chaleurs et des magnifiques îles Lamèque et Miscou en compagnie du pionnier de la motoneige, Bernard Savoie, et du joyeux couple formé par la charmante Hélène Savoie et le pêcheur de homards Gilles Ward, tous de compagnie fort agréable, en plus de Percy Mallet qui, partout où il s’arrête, se fait reconnaître et sert des mains comme un premier ministre. Toute une carrière à s’impliquer et à promouvoir sa région et sa province pour le ministère du Tourisme en ont fait une vedette locale.

Certains segments des sentiers côtiers nous permettent de longer les grandes baies, et parfois même, de nous y introduire ou de filer tout près des marinas où sont entreposés les bateaux de pêche. Halés sur les quais pour l’hiver, ils dorment sur la neige et leurs couleurs resplendissent sous le soleil. Quelques rares crabiers reposent dans les glaces, une pratique devenue peu courante.

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À Caraquet, on se préparait à accueillir un tournoi de hockey extérieur sur des glaces aménagées dans les rades. Au large, quelques cabanes de pêcheurs à l’éperlan affrontent les grands vents de la baie des Chaleurs.

À Shippagan, les bateaux sont bien alignés et nous défilons à leurs pieds en admirant leurs couleurs et leurs proues effilées où figurent leurs noms. Puis nous roulons longuement sur les glaces du canal avant de remonter sur la terre ferme et de nous engager dans les bleuetières de Lamèque. Ici, contrairement à ce qui a été constaté au Lac-Saint-Jean la saison dernière, les motoneigistes respectent les champs de culture. Le sentier passe au milieu d’une clôture de pieux et de cordage qui a aussi un effet dissuasif. Et comment ne pas remarquer les éoliennes dispersées de Lamèque et qui tournent au grand vent constant de l’embouchure de la baie des Chaleurs.

Le lendemain, nous retournerons sur les terres de la Péninsule acadienne en compagnie de Denis Fournier et du gentil géant Gaston Boudreau, qui passe ses hivers à souffler la neige et à rouler sur les sentiers. Le temps doux créera une ambiance magique avec un plafond gris suspendu au-dessus de nos têtes.

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C’est ça l’Acadie à motoneige! Pas deux jours pareils!

Pour informations

Fédération des clubs de motoneige du Nouveau-Brunswick (FCMNB)

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