Portraits

Une motoneigePour faire du traîneau à chiens

Publié le 10 novembre 2019 - Francine St-Laurent

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Pour ceux qui ont déjà fait du traîneau à chiens, il n’y a rien de tel que de voir de beaux sentiers enneigés se faufiler dans les aires sauvages d’une forêt. Or, la difficulté de cette belle activité hivernale est qu’il y a des moments où le meneur de chiens doit être très actif. Il doit parfois courir, pousser, ou encore, marcher à différentes intensités selon les conditions de neige, de glisse et de sentier. D’où l’importance d’avoir des sentiers bien damés. Pour bien faire la job, ça prend une motoneige. Une motoneige? Lorsque le musher* français Samuel Lucas a quitté les Pyrénées pour venir s’établir au Québec en 2003 à l’âge de 30 ans, il n’avait jamais conduit cet engin-là de sa vie. Il avait apporté de son pays trois malles et trois chiens… mais pas une motoneige. À son arrivée au Canada, notre homme a vite compris que s’il désirait conduire son propre attelage de traîneau à chiens sur de grandes étendues enneigées sans trop de difficulté, la motoneige ne serait pas un luxe pour lui.

Ses premières armes sur une motoneige

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Pour tracer de beaux sentiers et les damer, Samuel Lucas a dû apprendre à conduire cette machine-là. « Le cours de conduite 101 que j’ai suivi était donné à la pourvoirie du Notawissi par un guide motoneigiste, Vianney Brunet, un gars de Mont-Laurier. J’ai appris sur des chemins fortement recouverts de neige. C’était très technique. » Samuel a appris c’est quoi s’enliser dans la neige épaisse. « Parfois, j’ai vu des situations où il y avait tellement de neige qu’il était impossible de se tracer un passage à motoneige. » Malgré ces quelques difficultés, notre Pyrénéen d’origine trouve qu’il y a de très bons côtés à la motoneige : « C’est un engin très utilitaire, une sorte de passe-partout qui vous permet d’accéder à des endroits magiques! En somme, la motoneige m’a permis de vivre de très belles expériences », affirme-t-il. Notre homme a également vécu des moments uniques à la Pourvoirie Mekoos de Mont-Laurier où il a passé neuf hivers comme meneur de chiens pour des sorties touristiques. « J’empruntais la motoneige de la pourvoirie afin de reconnaître de nouveaux itinéraires et pour optimiser le territoire dans le but d’offrir de beaux produits commerciaux. » Samuel veillait donc à tracer des sentiers au relief quelque peu accidenté dans un magnifique cadre nature afin que les gens puissent passer du bon temps. Notre musher avait de quoi se réjouir, car il bénéficiait d’un vaste territoire à explorer. En effet, grâce à une motoneige Skandic, il pouvait parcourir un véritable terrain de jeu exclusif de 346 kilomètres carrés. Cependant, pour offrir à la clientèle de la pourvoirie de beaux sentiers consacrés au traîneau à chiens, il faut se retrousser les manches, bûcher, enlever des branches, se diriger vers les montagnes, entre autres. « Parfois, il faut travailler très loin dans la forêt, d’où l’importance d’avoir une motoneige récente et fiable permettant d’éviter le plus possible les bris mécaniques. »

Tiens bien ta tuque!

Parmi toutes ses aventures en motoneige, Samuel Lucas conserve notamment un souvenir particulier du majestueux lac Notawissi situé à Sainte-Anne-du-Lac alors qu’il était assis derrière Michelle Blais de Maniwaki, une véritable mordue de la motoneige. Selon lui, la conductrice lui en a mis plein la vue lorsqu’elle a traversé le lac à fond la caisse, comme si de rien n’était. Rappelons que Michelle Blais a été lauréate, pour la région de l’Outaouais, du prix provincial de reconnaissance des bénévoles en matière de véhicules hors route, catégorie motoneige. Rien de moins!

L’art de faire des sentiers pour les promenades canines

Fort de son expérience des 16 hivers où il a été guide au Québec, Samuel Lucas dit qu’on ne peut pas tracer des sentiers de traîneau à chiens n’importe comment. « J’ai des chiens inuits du Groenland et de l’Arctique canadien. Ils sont très durs entre eux. Il faut éviter de tracer des courbes trop serrées qui virent sur un dix cennes, car les chiens de tête vont croiser en tournant les chiens de queue et une bataille risque d’éclater entre eux », explique Samuel, ajoutant que s’il est vrai que ces races de chiens ont une forte personnalité et un penchant à l’agressivité envers les autres chiens, il préfère avoir des chiens de race pure plutôt que des chiens croisés, et ce, dans le but de préserver les races.

L’amour des chiens

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« Comment j’ai commencé à m’intéresser au traîneau à chiens? En fait, j’y ai vraiment pris goût lorsque j’ai assisté à une course de chiens de traîneau au village nordique d’Angaka situé dans les Pyrénées. Je savais qu’un jour, j’aurais mon propre attelage. » À présent, notre meneur de chiens ne fait plus des excursions touristiques. Les promenades canines sont plutôt devenues une activité familiale. « Je suis parti deux fois en traîneau à chiens, soit avec mon frère ou des amis de Radisson à Kuujjuarapik. Ça a vraiment été une belle expérience! »

Les chiens de traîneau, victimes eux aussi du réchauffement climatique

Depuis son arrivée au Québec en 2003, Samuel Lucas a vu les conditions de neige en sentier changer de manière sans équivoque. « Les averses de pluie sont devenues plus fréquentes en hiver, et les surfaces plus souvent glacées. » Il dit que ce n’est pas toujours évident pour des touristes désirant vivre une journée dans la peau d’un musher de traverser des lacs qui deviennent de plus en plus souvent de véritables patinoires. Cependant, malgré tous ces aléas de la température, les grands espaces sauvages et enneigés si bien décrits par Jack London dans son célèbre roman Croc-Blanc interpellent toujours Samuel Lucas. Et il est à parier que notre homme partira à nouveau avec ses chiens vers de grands horizons nordiques pour vivre de nouvelles aventures…

L'origine du mot musher*

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Selon toute vraisemblance, l’origine du mot musher viendrait des conducteurs de traîneau canadiens-français qui, pour faire avancer leurs chiens d’attelage, disaient « marche ». Par la suite, les meneurs de chiens anglophones l'anglicisèrent lentement en mush.

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