Portraits

Vieillir en tant que motoneigiste

Publié le 17 décembre 2017 - Louis Perron

Robert Guindon, il y a quelques années

Robert Guindon, Mauricie

Robert Guindon, 75 ans, pratique encore la motoneige hors piste dans la ZEC Tawachiche et dans les forêts de la Mauricie. Chasseur, pêcheur, guide de renom, adepte des tentes prospecteur et du lean-to (appentis), la forêt habitée et la faune n’ont plus de secrets pour ce coureur des bois. Avec le temps, Robert est devenu plus sage en hiver et se limite souvent à des sorties journalières avec ses amis. Il est conscient que même avec sa carrure qui lui permettait autrefois des prouesses et de l’endurance, il a pris de l’âge tout comme sa vieille Bombardier, et tous les deux sont hélas! moins fiables qu’avant. Les voyages sont moins longs, mais le plaisir de jouer ensemble dans la neige demeure.

Robert ne part plus seul avec ses pièges, ses collets, sa hache, sa tronçonneuse et ses raquettes bien arrimés à son Ski-Doo. Aujourd’hui, il circule avec des amis sur les chemins forestiers et sentiers enneigés. Il observe, contemple, débroussaille des passages, balise, vérifie l’épaisseur de la glace et profite du soleil, mais une chose est sûre, il n’abandonnera jamais sa motoneige. Elle lui permet de pénétrer en forêt et de se rendre à sa cabane à pêche sur un lac voisin. La remplacer par une neuve? C’est un investissement important pour des randonnées de plus en plus courtes. Il connaît bien les aspects techniques de sa vieille monture et en prend soin, quitte à trouver plus difficilement les pièces. « Quand on a des revenus de retraité, il faut faire des choix, s’arranger avec ce que l’on a et faire ce dont on est physiquement capable », souligne-t-il avec raison. Sa motoneige et son quad sont le prolongement de ses membres et de son cœur.

Donat Drouin

Donat Drouin, Mauricie

Donat Drouin est un motoneigiste de 86 ans dont 52 années animées d’une passion pour la motoneige. Au début, en 1965, lui et ses amis de Trois-Rivières circulaient sur les rives du fleuve et de la rivière Saint-Maurice, car il n’y avait aucun sentier. Des clubs locaux, dont celui de Shawinigan qui assurait l’entretien sommaire des sentiers jusqu’à Trois-Rivières, ont alors vu le jour. Puis, les motoneigistes devenant de plus en plus nombreux, le Club Armony a été mis en place et M. Drouin y occupa différents postes pendant une vingtaine d’années.

Aujourd’hui, ses amis adeptes de la motoneige se font de moins en moins nombreux au Club Armony. Certains ont lancé la serviette pour des raisons de confort et forment maintenant des groupes de snowbirds sous le soleil américain. D’autres ont abandonné pour des raisons de capacité physique. Cependant, même si la belle époque est révolue, les vrais amateurs comme Donat Drouin en profitent encore. Prendre un café dans un restaurant avec des amis, ça va, mais en prendre un dans un relais de motoneige au milieu d’une randonné, c’est beaucoup, beaucoup mieux!

Les amis motoneigistes sont plus rares et souvent plus jeunes, mais le plaisir de les fréquenter est encore plus intense. Par contre, tenter de les suivre est parfois risqué. Comme beaucoup d’autres, Donat Drouin ne part plus pour de si longs voyages et roule à un autre rythme. En effet, partir pour des randonnées journalières quand la météo ne se montre pas excessive, partager un repas dans un relais, observer la faune et les paysages, s’arrêter et rentrer avant le crépuscule… Voilà une belle journée de plein air.

Comme bien des amateurs qui voient les années passer, M. Drouin sait que la motoneige peut encore être un passe-temps très agréable, à condition toutefois de s’organiser autrement, être plus aux aguets, être plus prudent, et surtout, faire ce qu’il faut pour maintenir un cercle d’amis et remplacer ceux qui lancent la serviette par d’autres passionnés du même calibre, même s’ils ne sont plus très jeunes.

Aussi longtemps que les sorties seront agréables et à la mesure des motoneigistes du groupe, il sera facile d’y attirer d’autres passionnés, des perles rares et forcément de grande valeur.

Micheline Landry, Portneuf

Micheline Landry, motoneigiste de 76 ans de la région de Portneuf, constate pour sa part qu’il est de plus en plus difficile de trouver des motoneigistes qui formeraient un groupe pour des sorties et des voyages organisés sur une base régulière. Bien qu’elle soit habituée à rouler entre 7 à 8 000 kilomètres par année, la saison 2016 lui aura permis de rouler « seulement » un peu plus de 3 000 kilomètres. Plusieurs de ses compagnons habituels ont abandonné pour des raisons de santé ou de non renouvellement de leurs équipements. Par ailleurs, les soirées et activités de son club lui permettent de rencontrer d’autres membres, mais ces derniers sont beaucoup plus jeunes et roulent différemment. La longueur des randonnées et surtout la vitesse de croisière de certains ne lui conviennent plus. Très consciente que pour rouler encore longtemps, il faut rouler plus prudemment, Micheline Landry sait que cette sagesse n’arrive à certains qu’après quelques pirouettes et blessures. Sa motoneige 2006 est encore fiable, mais la baisse du nombre de sorties en groupe l’incite à se questionner sur l’éventualité d’acquérir une nouvelle motoneige.

 

Clément Veilleux, Beauce

À Saint-Joseph-de-Beauce, Clément Veilleux, 91 ans, a cumulé « seulement » 2 000 kilomètres au compteur en 2016. Lui et son compagnon habituel Jean-Paul Lessard partent souvent pour des randonnées journalières d’environ 200 kilomètres sur les magnifiques sentiers de la Beauce. Clément Gagné, qui les accompagnait dans le passé, a cessé la pratique suite à un accident et a finalement abandonné ce sport pour des raisons de santé. Rencontrés par Motoneige Québec en 2015, ils cumulent à trois un siècle et demi de bonheur et roulaient ensemble sur des montures de marques différentes que personne ne réussira à leur faire changer. Trois passionnés inséparables, maintenant deux. Vous les croiserez sûrement sur les sentiers des Appalaches, très fiers de leurs modèles Yamaha.

Que l’on ait pratiqué la motoneige pour différentes raisons pendant nombre d’années, la majorité des motoneigistes demeurent fidèles à leur monture aussi longtemps qu’il leur est permis et possible de le faire. Même si les groupes se séparent, les fréquences des sorties diminuent et les distances parcourues sont plus restreintes, les vrais mordus demeurent fidèles et s’adaptent à de nouvelles pratiques. Les groupes d’amis devenant plus restreints pour différentes raisons, certains abandonnent en bout de ligne, se sentant de plus en plus seuls pour effectuer des sorties.

Du côté des clubs de motoneigistes, ils ont souvent perdu leur vocation de lieu de rassemblement et de rencontre en délaissant leurs relais. Aussi, les motoneigistes doivent se rencontrer autrement et ce n’est pas évident, surtout quand on avance en âge. Bref, des amis Facebook semblent plus faciles à trouver que des compagnons de sentier à l’âge avancé de la retraite.

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